Attention Danger Travail

C'est le genre de film qu'on cacherait presque sous le manteau, comme un magasine olé olé ou une maladie honteuse. Et bien ce temps là est révolu, et c'est l'oeuvre de Pierre Carles (ex émission strip tease) et de ses acolytes.

Ah, la pierre d'achoppement, la clé de voûte, le point central de notre culture moderne.

Je me suis toujours demandée, personnellement, comment il est possible qu'un mot, composé généralement de 7 lettres, pouvait ainsi prendre tant de place dans notre vie de tous les jours.

"Oui, mais moi je bosse"; "et le boulot, ça va ?"; "étudie bien si tu veux un bon travail"; "ah, c'est fainéant de chômeurs"...on les connait toutes ces expression liée au sacro saint travail, comme si un individu se réduisait d'abord et surtout par rapport au travail, qu'il exerce...ou non.

Alors quand un doc de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe, se propose de traiter le sujet à rebrousse poil, on peut être sur qu'on va avoir droit à toutes les réflexions possibles et imaginables de la part des Grand Apôtre du Travail....et c'est ce qui se passe dans ce documentaire.



Le premier mot : "maman", le deuxième mot : "papa", le troisième mot : "travail"... Dès le plus jeune age, le travail est inculqué comme une matière indispensable, comme un objectif ultime, une raison de vivre, plus qu'une raison, une justification !

Qu'en est il exactement, et si on essayait de voir les choses d'un point de vue strictement objectif ? C'est ce à quoi veut nous conduire le documentaire "attention danger travail", et c'est tout à son honneur. Seulement voilà, le documentaire en lui même démontre l'impossibilité de dialogue sur ce thème. Il y a ceux du bas de la pyramide sociale qui, prenant conscience de leur situation, on décidé de ne plus travailler, de ne même plus chercher à travailler. Et il y a le haut de la pyramide, sous la forme d'intervenants et de participants à l'université d'été du Medef, et là, c'est l'incompréhension totale, la surprise. Lorsque le journaliste demande au Baron ce qu'il pense de ces gens qui ne veulent plus travailler, Mister Séllière tombe des nues, quoi ? c'est une blague, une caméra cachée, ah ah ah, c'est impossible !

Il y a comme un fossé, un gouffre. Un abysse entre le salarié smicard, celui qui va à l'usine, à la chaîne de montage, sur un chantier du bâtiment, celui qui est vendeur de choc, formé au marketing agressif, l'ancien indépendant, l'ancien employé, une distance énorme entre eux et ...les autres, ceux qui nous gouvernent, ceux qui gagnent leur vie sur la niaiserie des autres, ceux qui ont en fait, pour principe de détenir le capital, car c'est avec un capital qu'on devient capitaliste et qu'on peut alors exploiter la force de travail d’autrui. Entendons nous bien, il y a entrepreneur et entrepreneur, je ne parle pas du petit commerçant, de la petite pme, "entrepreneur" est un terme aussi trompeur que peut l'être celui de "travailleur".

Trompeur, parce que pour ma part, je fais une énorme différence entre le gars qui bosse sur une chaîne de montage, et celui, tel qu'on nous le présente dans le film, qui est à la tête d'une "entreprise de services" et qui estime qu'on devrait contraindre et réprimer ceux qui refusent le travail....Par "entreprise de service", il faut comprendre que le gars fait des placements en bourse avec les économies de ses clients... un beau spécimen de requin, parfaitement adapté à son environnement de squale. Ce genre de personne à la capacité ultime de se fondre dans son environnement, c’est un prédateur de la force de travail des autres, un vampire. Vous voulez un exemple concret ? Regardez donc ce qui se passe en ce moment dans la « Blogosphère » a grand coup de phrases vides et de léchage de botte politique, les vampires veulent aussi se tisser leur toile.

Une différence ? Bien sur, d'un coté on a un laborieux, dont la vie se résume à une consommation végétative autour de son smic....et de l'autre, le vautour qui ne fait rien de concret, dont la seule capacité est en fait de faire l'accapareur. C'est certainement là qu'elle est la différence de laquelle naît l'incompréhension entre la base et le sommet de la pyramide, le travail des uns n'est pas celui des autres.

Qu'est ce qu'un avocaillon dont l'ambition est d'user son fond de culotte sur les bancs de l'assemblée ? Qui sont ces gens qui nous gouvernent et qui nous parlent de travail ? Ils n'y connaissent rien du tout. Aucun d'entre eux ne sait ce que c'est que de rejoindre la chaîne de montage jour après jour, des années durant. Aucun d'entre eux ne sait la vie d'un maçon, posant des briques pendant 30 ans. Aucun d 'entre eux ne sait ce que c'est que de travailler dans le bâtiment, hiver comme été. Aucun d'entre eux ne perçoit le travail comme un travailleur de base le perçoit. Regardez la réaction de Mr Allègre, "ah mais j'a fait mon travail, j'ai fais une conférence sur heu...sur..."sur quoi en fait ? Une berceuse pour rentier avachis ?

On est endoctriné à dire aussi souvent que possible que le travail c'est bien, c'est cool, que travailler c'est ça être un homme....qui y croit vraiment dans les conditions actuelles ? Regardez autour de vous, dans le métro, dans le train ou le bus, sur les périph, vos contemporain se rendre au chagrin de bon matin....ils ont tous l'air heureux et fier comme des paons, d'ailleurs il n'est pas rare qu'en toute collégialité, des groupes des travailleur se mettent à chanter combien la vie est belle, jour après jour, métro après métro, labeur après labeur....pas vrai ? C'est une telle source de joie, en tout cas si on en crois les discours d'en haut. Mais dans les faits, les gens sont a bout, pour la plupart, prêt à se battre pour une seconde de retard à un feu rouge, prêt à insulter l'inconscient piéton qui traverse..."hé quoi, le travail c'est tellement cool que je ne veux pas en rater une seconde !", croirait on les entendre hurler. Non, ce qu'ils hurlent, en fait, c'est "j'ai une vie de con et je n'en voit pas l'issue"...la voilà la vraie formule, celle qu'on se refuse souvent a employer, car il est nécessaire de se persuader soi même que le travail c'est cool, c'est la fierté....comment tenir, sinon ?

Alors quoi ? il faut admettre d'un coté que le système économique repose grosso modo sur un savant équilibre entre inflation et chômage, directement dépendant des moyens de production, et de la volonté d'éviter une inflation salariale, et de l'autre, dire qu'un chômeur est forcément un fainéant ? N'y voyez vous donc pas contradiction ? Doit on admettre un système basé sur une telle ineptie ? Ne doit on pas au contraire faire en sorte que ce système soit amélioré, pour et par tous ? Dans le système actuel, si on veut du plein emploi, il faut investir dans des moyens de productions supplémentaires, il faut du capital, public ou privé, mais pour toute cette production supplémentaire, il faut un marché, des débouchés, sinon la richesse ne se fait pas. La croissance est comme un cheval fou, on cherche perpétuellement de nouveaux marchés, il faut créer les besoins pour écouler les marchandises de la société de consommation. Mais le marché est saturé, les capitaux par trop concentré aux mains des même, la mondialisation n’y change rien, le cheval fou galopera jusqu’à se fracasser contre un mur, ou tomber dans un précipice.

Regardons y de près, le système économique capitaliste est le pendant du système communiste qu’il critique tant. C'est comme ça, les deux nous propose une théorie alléchante, les deux sont, en pratique, source à tous les abus. On accuse le communisme d'être responsable directement de la mort de plus de 50 millions d'individu....Qu'en est il du capitalisme ? Regardons les guerres - souvent coloniales - menées en son nom ? Il suffit de s’instruire un peu sur l’histoire de ces deux derniers siècles pour comprendre que la diabolisation du communisme répandue dans la deuxième moitié du vingtième siècle est certainement le leurre le plus efficace jamais créé. Oh, d’autres notoriétés, bien plus grande que celle de cet humble blog, diraient que connaissant l’histoire, il est idiot d’être communiste….et parfaitement sain d’être catholique. Je ne disconvient pas nécessairement de la deuxieme partie, mais je note que c’est sympa pour tous ceux qui auraient bien besoin d’un peu plus de communisme et d’un peu moins de niaiserie. Que voulez vous, on doit tous faire avec sa conscience, et celle-ci est fortiche pour se masquer ses contradictions. Ce qui veut dire aussi que cet article n’est qu’une réflexion, dont le but est de faire réfléchir d’avantage. Quoiqu’il en soit, j’estime que les deux systèmes sont incomplets, car ils n’ont pour exutoire que la confrontation des classes qu’ils organisent dans leur fondement. Or, on a besoin d’un système qui uni chacun au tout, et l’égalité entre chacun est essentielle et ne saurait souffrir aucune exception. Einstein dans son texte « pourquoi le socialisme », il nous rappelle que « L'homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s'efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l'approbation et l'affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d'améliorer leurs conditions de vie. » Il nous explique donc que l’humain est partagé entre individu et collectivité, à partir de là, le tout à l’individu est tout aussi idiot que le tout à la collectivité. Il est alors facile de conclure que c’est d’un savant mélange dont nous avons besoin ! Et n’oublions pas de tenir compte que nous ne sommes pas seuls sur cette planète fragile.

Quant aux guerres du capitalisme, on nous dit que c'est au nom de la démocratie, mais la démocratie ne saurait, dans sa définition, supporter les méthodes guerrières ! C'est au nom du sacro saint Capital, et du contrôle des ressources de la planète qu'on fait les guerres d'aujourd’hui. On ne peut en toute bonne fois croire que l'humain soit au centre des préoccupations de nos dirigeants, c'est un fait indéniable, nous sommes pris dans la spirale de l'incapacité humaine à se doter d'un but universel et humaniste. C'est plus que le règne du "tout pour ma gueule", c'est le règne du "après moi, les mouches".
Le système universel n’est pas encore né, et il ne dépend pas d’un seul individu, il dépend de tous, car c’est ça l’universalité.

Depuis quelques années, on a vu fleurir ce qu'on appelle communément "la théorie du complot".Théorie qui voudrait que ceux qui sont dotés des privilèges organisent en cachette une société qui leur est entièrement soumise. Il n'y a pas de théorie du complot. Il n'y en a pas, parce qu'il n'y en a pas besoin. Le système englobe déjà le complot, le système est complot, car le système fait que c’est possible, et même stratégiquement conseillé. Si on accepte l'image commune de la pyramide sociale ( les plus pauvres tout en bas et les plus riches tout en haut), on ne peut que savoir que ceux qui sont en haut veulent le rester, car c'est en haut que le pouvoir se trouve. Et ceux qui on le pouvoir comptent bien le garder à vie, et leurs descendant avec eux, telle une nouvelle noblesse, la noblesse du compte en banque. Et le pouvoir est égoïste, exclusif, il ne supporte pas la contradiction pas plus que la concurrence. Voir ça, c'est comprendre que le complot est dans le système lui même, et qu'il n'a donc pas besoin de théorie, la fameuse "main invisible du marché" agit sur ça aussi.

Alors, une bonne fois pour toute, il serait temps de comprendre que les profiteurs ne sont pas ceux qui sont exclus du travail, chômeur ou rmiste, de quoi profite t ils vraiment ? de l'aumône miséreuse qu'il leur est versée, du regard de leur concitoyen emplis de mépris ? Laissé moi rire (jaune), les vrais parasites volent, au propre comme au figuré, dans les hautes sphères, et du haut de leur suffisance, il viennent nous faire la leçon.

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Mais en guise de leçon, j’ai par contre parfaitement apprécié celle donnée par les chômeur du documentaire « attention danger travail ». N’allez pas imaginer que ces gens là n’ont jamais travaillé, c’est au contraire en parfaite connaissance de cause qu’ils en son là. Il nous présente leur idée de la chose, et cette idée est issue d’une réflexion concrète. Il transparait de ces témoignages un vrai argumentaire, et une vraie analyse. Et le contraste par rapport aux réaction bloquée de « ceux d’en haut », est simplement rafraîchissant.

A un moment, j’ai même cru voir des gens bien dans leur peau tout en bas, et des gens bien névrosés tout en haut. Mais non, ça doit être impossible, puisque le travail rend libre.




Morceaux choisis d'ici et là:

Ce que l’on nomme « travail » traverse une crise fonctionnelle et sociale inédite, et cependant tous continuent de l’honorer comme une vache sacrée. Tous veulent nous mettre ou nous remettre au turbin, quand celui-ci quitte ses vieilles bretelles pour réapparaître sous des formes toujours plus dégradées et dégradantes.

« Si le chômeur est malheureux, ce n'est pas parce qu'il n'a pas de travail, mais parce qu'il n'a pas d'argent. Ne disons donc plus demandeur d'emploi mais "demandeur d'argent" ; plus "recherche active d'emploi", mais : "recherche active d'argent". » Chômeurs heureux de Berlin : Rapport d'inactivité n°1, 1996.

« Dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. » Karl MARX : Manuscrit de 1844

Le tripalium (instrument de torture, source éthymologique du mot « travail ») est excellent pour la santé. Comme cette vérité n’est pas toujours bien présente à l’esprit des suppliciés, il faut la leur enfoncer dans le crâne par décret ministériel.

Une semaine plus tard, je reçois un courrier m’informant que je ne fais plus partie des demandeurs d’emploi. À l’ANPE, faut surtout pas leur dire que tu veux pas bosser, c’est une hérésie pour eux. Pourtant, il n’y a pas assez de boulot pour tout le monde, alors ils devraient remercier ceux qui n’en veulent pas.


Liens Sources :

Présentation du film : http://www.homme-moderne.org/rienfoutre/index.html

http://www.politis.fr/article.php3?id_article=715

http://www.monde-solidaire.org/spip/article.php3?id_article=451

http://www.kamarade.lautre.net/article.php3?id_article=542

http://www.filmdeculte.com/film/film.php?id=648


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