La Résistance, les manif et les émeutes

manif Les grands média, y compris sur le Net, aiment à diffuser les incidents qui émaillent les manifestations anti-cpe, comme ils aimaient diffuser les vidéos des émeutes de 2005. Diffuser n'est pas le problème, mais dans la manière de le faire, il y a ambivalence, pour le moins. Ainsi, on nous offre à voir plus de minutes d'incidents que de minutes de manifestations et de prise d'opinions, ce qui ne manque pas d'induire dans la compréhension des observateurs non impliqués, que les manifestations anti-cpe sont avant tout violentes. Un article sur yahoo nous montre le point de vue d'anglais et d'américains sur les présents événements...ils sont fous ces français, c'est le titre de l'article, tout est dit, le français est un casseur avant d'être un citoyen capable de discernement et surtout capable de se lever contre l'oppression du capitalisme et de sa doctrine néo-libérale.

Dans les faits, l'ampleur des manifestations sereines, l'ampleur des groupes de débats, de réflexions et l'ampleur de tout le mouvement qui dépasse de loin le seul cpe, prend une part primordiale. C'est bien là qu'est le sujet, laissant les incidents, parfois très violents, à leur rôle de symptôme d'une société qui va mal, de plus en plus mal.



Symptômes ?

Oui, c'est ce qu'explique la théorie de la conservation de la violence.

On n'en parle que trop peu et en cercle trop restreint, c'est pourtant un phénomène bien analysé et bien décortiqué par les sociologues. Il faut dire que beaucoup d'entre eux ont une inéfable tendance à tenir des discours compliqués qui font mal à la tête et à utiliser des termes de champions du monde de scrabble.
Soit, il faut synthétiser et vulgariser pour faire passer le fruit de leur recherche au plus grand nombre. Les sociologues, dans leur ensemble son des acteurs sociaux a part entière (d'où leur nom), étudiant les phénomènes des sociétés, et ce à tous les étages, et nombre d'entre eux démontent patiemment et méthodiquement les effets pervers de nos sociétés de consomation. Leurs lumières sur la situation sont précieuses.

durkheim Emile Durkheim, considéré comme le fondateur de la socilogie moderne identifiait, il y a un siècle, la loi de la conservation de la violence, qui exprime que la violence est la conséquence d'une autre violence, incarnée, entre autre, par l'oppression économique relayée par le pouvoir politique, sa corruption, ses abus. On constate d'ailleurs facilement que la violence est de plus en plus présente au fur et à mesure qu'on descend les étages de la pyramide sociale. On peut comprendre par là même qu'il est évident que la précarité de la vie n'est rien d'autre que l'impossibilité de se projeter dans l'avenir, l'incapacité même de jouir de la liberté que défend la Constitution. Ceci est premièrement source d'angoisse, de désidentification, de mépris des autres, et avant la résignation propre à ceux que la vie a déjà bien bousculé, il y a la violence et la fougue de la jeunesse. Le courage et l'inconscience aussi, car il faut un minimum de courage pour s'affronter à des CRS bardés de matraques et boucliers, le courage de la fiereté baffouée, et de l'inconscience, face aux conséquences, tel qu'un mauvais coup ou d'une arrestation qui mène directement à la case tribunal.

Extrait de Ch. De Montlibert (Raisons d'agir)
Professeur de sociologie à l'Université Marc Bloch


Un siècle de travaux permet d'affirmer, sans risque d'erreur, que cette conservation de la violence dépend de quatre facteurs : l'écart entre les revenus (richesse et pauvreté), l'absence de travail (les différentes formes du chômage), l'absence (ou le délitement) du droit du travail ou des formes de représentations institutionnalisées des collectifs (de salariés, d'habitants, d'usagers …), l'assignation d'un grand nombre d'individus dans des positions sociales stigmatisées (quartiers, emplois atypiques …) Ainsi les décisions des membres des classes dirigeantes, en améliorant illégalement leurs propres conditions de vie (fraude fiscale, délit d'initié, abus de biens sociaux, etc.) et surtout en portant atteinte aux conditions d'existence des membres des classes salariées (mises au chômage massives, accroissement des contraintes de travail, morcellement des rythmes temporels, précarisation…) se répercutent dans l'ensemble de l'espace social et, d'une certaine façon, augmentent les tensions

bourdieu Extrait de Pierre Bourdieu (homme moderne)
Le mythe de la « mondialisation » et l'État social européen


On ne peut pas tricher avec la loi de la conservation de la violence : toute violence se paie et par exemple la violence structurale qu'exercent les marchés financiers, sous forme de débauchages, de précarisation, etc., a sa contrepartie à plus ou moins long terme sous forme de suicides, de délinquance, de crimes, de drogue, d'alcoolisme, de petites ou de grandes violences quotidiennes.



manif Cet éclairage étant apporté, il est aussi nécessaire de rappeler que les manifestations anti-cpe s'inscrivent dans la même lignée que le non à la constitution européenne, ses éléments de droites extrême en moins, dans la même lignée des combats pour plus de justice sociale et contre les lois ségrégationistes et intolérantes de l'immigration. Il s'agit toujours d'un peuple qui, dans sa majorié, commence à se soulever de plus en plus contre ses oppresseurs, contre un système néo-libéral déshumanisé.

C'est aussi la continuité de deux siècles de luttes sociales, les événements d'aujourdhui font partie des répliques qui ont secoués régulièrement la France de dès après la Révolution. Tous les trentes ou quarantes ans, en moyenne, nous retrouvons des secousses sociales, des revendications pour plus de droits, en fait, d'égalité et de fraternité, parents pauvres de la tryptique révolutionnaire. C'est l'Histoire d'un vieux pays, d'un vieux peuple qui se poursuit, et devant les nouveaux dangers, les mutilés de l'égalité et de la fraternité remontent aux barricades.

egalite Nous sommes encore bien dans la lutte pour nos droits, nos libertés collectives, en résistance comme nos illustres aïeux en des temps très troublés et pas si reculés que ça, c'etait hier, c'etait nos grands parents. Le chant des partisans, repris par Zebda et servant ici à illustrer une compil vidéo représentative de ce qu'on retrouve sur le Net, a été créé pendant la seconde guerre mondiale, c'est l'Hymne de la Résistance française contre l'occupant allemand. La tradition française veut qu'on se révolte, qu'on résiste en chantant.

Il est de notre devoir de répondre, tous, à l'appel de nos ainés, réaproprions nous nos symboles, extrait : Au moment ou nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de résistances et des forces combattantes de la France Libre, appellons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la résistance et de ses idéaux, toujours actuels, de démocratie économique, sociale et culturelle. Retrouvez la vidéo de l'appel de Résistance 2.0

N'oublions pas non plus la dimension européenne de notre époque, et n'oublions pas que nos luttes s'inscrivent dans sa construction. Il est nécessaire de renforcer encore l'union entre les mouvements sociaux des différents pays européens, temps de réunir les différents mouvements qui combattent un même adversaire sur d'autres terrains en une force citoyenne incontournable et puissante.

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