Histoire de profiter de cette pause, située entre la fin des revendications anti-cpe et l’événement suivants, qui replacera une nouvelle fois les luttes pour une société plus humaine au premier plan. [texte] [musical]Le même Monde, mais autrement
Des décennies de mesures en tous sens contre le chômage, qui n’ont eut pour résultat que de créer des générations plus précaires que les précédentes, qui ont décousu les liens sociaux, qui ont mis à mal l’esprit de solidarité, et qui ont rendu le travail presque aussi attractif qu’il pouvait l’être au 19eme siècle. Il est temps de repenser tout ça…le même, mais autrement.Alors, histoire de profitez de cette pause, située entre la fin des revendications anti-cpe et l’événements suivants, probablement proche, qui replacera une nouvelle fois les luttes pour une société plus humaine au premier plan, faisons le tour des nouvelles idées. On ne les trouvera pas dans les traditionnelles alternances gauche-droite, ceux là sont définitivement engoncés dans leurs costumes de technocrates tantôt médiatiquement populistes, tantôt médiatiquement populaires.
C’est chez le citoyen, c’est au cœur de l’altermondialisme que les idées réellement novatrices voient le jour, et ces idées n’ont pas que le mérite d’exister, elles sont en plus réalistes et de fait, humanistes. Altermondialisme n’est pas un gros mot, ça représente avant tout le fait de ne pas se sentir représenté dans les mouvements classiques d’idées trop pauvres, promues par des intellectuels qui passent trop de temps à s’écouter parler qu’a réfléchir. Il faut dire qu’il placent leur estime d’eux même tellement haut qu’il ne doit pas être évident de constater les réalités de « la France d’en bas » depuis cette altitude.La clé de voûte de tout changement, c’est l’Economie. Sans une refonte complète de ce système, nulle autre société, nul autre monde humaniste. La complexité de la tâche se situe aussi sur la transition d’un système à un autre, et donc des moyens à réunir et du temps nécessaires. Faisons le tour des solutions proposées en ce sens, en nous intéressant au « revenu universel », à « l’inoppression active », et d’ailleurs au concept même de ce qu’est l’économie, le travail et la politique.
Commençons par redéfinir les mots, ceux qu’on connaît, ou qu’on croit connaître, tant il est vrai que nous vivons à une époque ou la dialectique de pouvoir s’échine à tout redéfinir, dans le cadre restreint de sa vision binaire des choses. Le statu quo demande le plafonnement des idées, et pour ce faire on monopolise le temps de parole par l’expression de concepts contradictoires, qui mis ensemble dans une même discours, ont pour effet premier de déstabiliser l’auditoire, de supprimer tout liens de cohérence dans le déroulement des idées émises. Ainsi semble être fini le temps des idéologies, nous sommes entrés dans l’ère politique ou parler beaucoup pour ne rien dire de neuf est élevé au rang d’art majeur.
Il en va ainsi de la Politique [1] , qui est donc, au sens large, la structure et le fonctionnement méthodique, théorique et pratique d'une communauté, d’une société, qui relève en fait de la bonne organisation de la cité (du grec « polis ») dans son sens collectif. La bonne organisation de la cité, et donc au premier chef le partage des richesses de celle-ci, nous amène tout naturellement vers le deuxième terme à redéfinir pour ce qu’il est : l’économie.
Economie, du grec « oikos » (maison) et « nomos » (administrer) qui signifie l'art de bien administrer une maison, de gérer les biens d'un particulier ou de l'État. Elle peut alors se définir comme un art de vivre avec ses proches et son environnement. [2]
Art de vivre avec ses proches, donc la manière de faire en sorte d’obtenir un équilibre social permettant à chaque individu d’exister dans la collectivité et dans son environnement. C’est dire si le concept de base « économie » se situe aussi dans le temps, car il ne saurait être de bonne théorie de politique économique qui ne se situe dans la durée, sur le long terme. L’équilibre entre les différents métiers de la cité, l’équilibre inter-générationnel, la préservation d’un environnement salubre et riche, sont donc les soucis premier de l’économie qui est de fait l’outil de la politique. Ainsi, le fonctionnement méthodique, théorique et pratique d’une communauté cherche à instaurer l’équilibre collectif dans le temps, sur la durée. L’intérêt collectif se situe sur cet équilibre, et la tentation de considérer un équilibre atteint en un temps « t » comme signe d’une théorie fonctionnelle sur la durée est sans doute la racine même d’un dogmatisme de la dite théorie, et la tentation de conserver pour l’avenir ce qui a fonctionné une fois est très grande. Par excès de prudence, ou par manque de prévision…gouverner c’est prévoir, mais si c’est la théorie dogmatisée qui est chargée de prévoir, alors l’imagination n’est plus aux commandes, et ne reste qu’une structure rigide qu’on élève alors au rang de « science économique ».
En fait de science, il faut bien se rendre compte qu’il n’en est rien, une théorie n’est pas une science, et l’économie, outil théorique de la politique est ainsi placée à un niveau qui ne lui correspond pas dans sa définition. Cet « adoubement scientifique » de l’économie entre en fait dans le cadre conservatoire d’une théorie qui aurait prouvé son efficience en un temps donné « t », et de laquelle on attend les même effets pour un temps général « T ».
La physique est une science, et les théories qui en définissent les contours et permettent l’exploitation de ses lois, sont les outils que nous nous fabriquons pour évoluer dans notre monde, tel qu’il est. Tel qu’il est car dans le cas de la physique, nous n’avons pas créé la physique, nous sommes soumis à ses lois, elle est ce qu’elle est, et nous avons juste créé les théories, les outils…Or, dans le cas de l’économie, nous avons construit les lois ET la théorie qui les utilise. Elever l’économie au rang de science nous ferait ainsi croire qu’on ne peut agir sur les lois, mais seulement sur les outils (les théories) qui les utilisent. C’est absurde car ce que nous avons créé, nous pouvons le corriger, et comme les humains ont créé les lois de l’économie, les humains peuvent les changer, les corriger…Chose que nous constatons d’ailleurs régulièrement au fil de l’Histoire, malheureusement presque toujours selon le principe du changement de main plutôt que sur celui de la remise en cause globale.
Ainsi, comme nous l’avons vu plus haut, la tentation de conserver une théorie qui aurait fonctionné en un temps donné « t », qu’on croit indéboulonnable parce que liée à des lois qu’on croit naturelles, est très grande parce que confortable intellectuellement, mais aussi parce que source de privilèges pour les détenteurs officiels de la théorie, les grands prêtres et les apôtres du dogme, en somme. Dans les fait, la dogmatisation des privilèges – puisque c’est bien à cela qu’on arrive – n’est certainement pas le signe d’une théorie équilibrée. Quand bien même, grâce à un habile dialectique, cette dogmatisation deviendrait elle-même le principal appui de la théorie économique, il ne s’agit en fait ni plus ni moins qu’une « sociodicée » comme la présente les sociologues humanistes [3]Admettre que l’économie n’est pas une science, mais simplement un outil politique (d’administration de la cité) c’est comprendre que l’équilibre qu’elle cherche à perpétuer est directement influencé par les contextes humains qu’elle rencontrera dans la durée. Ainsi dépossédée de son coté rigide coulé dans le béton de sa réussite en un temps donné « t », l’économie doit être souple pour être capable d’evoluer en même temps, en parallèle aux autres évolutions des sociétés humaines : sociales, technologiques, culturelles…Culturelles surtout, puisqu’il y a même plus de cultures que de sociétés, nous avons déjà là une variable « d’ajustement » ultra puissante qui agit directement sur la politique économique. [4]
En résumé, admettre que l’économie n’est pas une science, c’est constater que c’est à elle d’être souple et flexible, et non pas aux humains qu’elle soumet, selon le triste principe de conservation (dogmatisation) de la théorie élevée à un rang qui n’est pas le sien.
Ces postulats étant posés, c’est avec l’esprit tranquille qu’on peut maintenant se pencher sur les idées qui cherchent à modifier l’organisation économique de nos sociétés. Ce que nous allons maintenant aborder est en fait la volonté de faire prendre en compte par la politique économique tous les aspects qui régissent les sociétés humaines dans le temps global. Il s’agit de sortir du champ binaire traditionnel, d’éviter toute simplification hasardeuse qui aurait pour effet de nous faire retomber dans les mêmes travers que nous venons de relever. Toutefois, nous éviterons dans cet article, et dans ceux qui suivront sur le même thème, de faire dans la complexité technique…mais nous vous y renverrons par liens à chaque fois que ce sera nécessaire.
Le Revenu Universel InconditionnelApparue dans l’idéosphère alternative il y a une dizaine d’année, cette idée fait des émules, progresse et a d’ores et déjà dépassé le cadre des utopies. Cette idée est notamment un des piliers du programme du parti « vivant », programme qu’on peut retrouver sur leur site : http://www.vivant.org/fr/programma.html
Ce qu’ils en disent :
Toutes les personnes ont droit à un Revenu de Base car il est un droit acquis en héritage du travail de nos aïeux. Le droit à un revenu de base est acquis à tout résident, détenteur d’un compte fiscal personnel, même aux personnes qui n'ont jamais été salariées dans le système actuel : les parents au foyer, les étudiants, les indépendants, les SDF, les artistes et les pauvres. Le revenu de base sera versé automatiquement, quels que soient le sexe, la race, les revenus, le statut actuel de travail, les antécédents de travail, la disposition par rapport au travail, etc... Dans ce cadre, il n'est nullement question de cotisations préalables, ni de disponibilité ou d'indisponibilité par rapport au marché de l'emploi, ni de chômage involontaire.
En introduisant le revenu de base, nous nous orientons vers un modèle de société dans lequel chacun pourra disposer de plusieurs sources de revenus : le revenu de base, qui lui revient de droit et des revenus ou/et salaires qu'il peut acquérir par tout moyen légal. Dès lors, la dualité entre les "travailleurs" et les "allocataires" est appelée à disparaître dans une société disposant d'un revenu de base. Il ne faut pas non plus confondre le revenu de base avec une sorte de "système généralisé de bienfaisance". La bienfaisance se caractérise, en effet, par le bon vouloir du donateur et peut donc être qualifiée d'arbitraire. Le revenu de base, par contre, est universel et inconditionnel et peut être considéré comme la matérialisation « du droit de chacun au revenu ».
Les avantages du ce système, tel que défini dans le programme « vivant » :
- La rationalisation et une simplification de la sécurité sociale (on ne s’en plaindrait pas) et son individualisation.
- La subsistance garantie pour tous, donc également pour les exclus d'aujourd'hui, les mères ou les pères au foyer, les artistes, les indépendants, etc…Le R.U. étant cumulé avec les revenus du travail.
- L’incitation à l'embauche : quand on autorise le cumul d'un revenu de base avec un salaire, cela devient une incitation au développement d'emplois de faible valeur financière mais de grande productivité sociale : les soins à domicile, l'assistance sociale, l'aide aux personnes dépendantes,…
- La suppression du piège à l'emploi
- La diminution du coût du travail
Voyons maintenant avec quels mécanismes ce système est économiquement possible.
Le R.U. s’accompagne de la suppression de l’impôt sur le travail à faible revenu, et sur la diminution de l’impôt sur le travail au-delà de ce seuil. Ce qui renforce la diminution du coût du travail et donc l’incitation à l’embauche.
Le R.U. s’accompagne aussi de l’instauration du taxe sociale sur la consommation. Peu importe le nom qu’on veut lui donner, dans les faits, il s’agit donc de remplacer, pour l’Etat, les revenus issus des impôts sur le travail par un revenu issu de la consommation. Dès lors, le coût du travail diminué et l’impot sur la consommation revu à la hausse auraient pour résultat de se compenser mutuellement, de façon à ce qu’il n’y aie guère d’impact sur le prix de vente des biens de consommation.La taxe sur la consommation est un impôt qui peut être adapté de façon très flexible et qui est tout à fait modulable contrairement à l'actuel impôt sur le travail. On peut par exemple et à volonté lever une taxe plus légère sur les services et plus lourde sur les produits polluants. Dans le système actuel, les salariés sont les plus lourdement mis à contribution par la sécurité sociale. Par contre, les personnes qui vivent du capital ne paient qu’une faible marge d'impôts, c’est donc une manière de contrôler plus équitablement la répartition des richesses.
Pour compléter la réflexion par rapport à ce Revenu Universel, et pour aborder des questions plus techniques liées à la gestion de l’Etat, des entreprises et de la fiscalité, je vous envoie sur un article de Jack Maillard, qui par une critique du libéralisme nous emmène vers le concept « d’inoppression active »…Quelques extraits :
Le rôle de l’Etat n’est pas de s’impliquer dans la gestion des entreprises mais de s’occuper de toute la population (sens étymologique du mot politique) et de s’en occuper de façon à ce que l’Offre soit : a) promue – et : b)accessible, de façon à ce que chacun des citoyens représentant la Demande puisse avoir accès à L’Offre.
Le choix de l’Etat de faire des économies au lieu de faire de l’Economie se manifeste sur le terrain par une limitation de l’Offre à la fois pour les entreprises et pour les exclus de l’emploi. Face au progrès qui remplace les travailleurs par des machines, ce qui engendre des manques d’argent individuels, la réaction naïve est de dire : halte au chômage. Ce choix réactif primaire est dénué de toute réflexion prospective et objective. Si le progrès nous permet de moins travailler, mettons en œuvre les moyens d’avoir accès aux fruits du progrès et profitons-en pour nous activer dans ce qui nous tient à cœur. La solution n’est pas le travail mais la libération de l’activité et l’accès à l’Offre pour chaque citoyen..
Vis à vis des exclus dont font partie nos pyromanes banlieusards, il ne suffit pas de donner de l’espoir mais de mettre en place les moyens concrets de la liberté d’entrer dans l’activité de leur choix, au-delà des solutions toutes faites proposées par des services sociaux déconnectés de la réalité et qui ne répondent pas à leurs attentes. Mais ce n’est pas seulement le malheur des amis des pyromanes banlieusards qu’il faut soigner, c’est celui d’une majorité grandissante de citoyens qui entrent dans l’exclusion. Les ignorer est notre lâcheté. Si l’Etat a bien une obligation de résultats, cela ne peut pas se faire sans moyens. LE PASSAGE OBLIGE est que l’Etat fasse de l’Economie et plus seulement de la finance.
Au-delà de ces quelques extrait, c’est aussi une approche mathématique proposée dans l’article originel que vous pourrez éplucher en suivant ce lien : http://www.u-blog.net/duConcretContreLaMisere
Ainsi on le voit, au travers des mouvements réguliers et de plus en plus fort qui s’élèvent contre le capitalisme et ses tactiques néo-libérales, c’est une toute autre approche de la vie en société qui se prépare en dehors des sphères officielles du pouvoir et de la connaissance.Altermondialiste entre autre parce que non représentées officiellement, ces idées, ce mouvement citoyen, nous permet de réformer notre vision de la politique économique. Libre de tout élitisme intellectuel, cette (r)évolution en cours possède déjà ses assises cohérentes, ses partisan(e)s et ses militant(e)s. Le long chemin qui reste à parcourir nous fera passer par les étapes de la légitimation de fait, car pour révolution nécessaire, elle se doit d’être pacifique, pour rénover ce qui doit l’être, et conserver les acquis sociaux, collectifs et humains gagnés par nos aïeux. Le pacifisme révolutionnaire est en somme ce que nous devons aux millions de morts des guerres économiques du 20eme siècle et de ce début de 21eme, mais c’est aussi ce que nous lèguerons aux suivants.
Dans un prochain article, on cherchera à déblayer encore plus avant ce concept de Revenu Universel, et de voir par quel chemin il peut passer de l’étude théorique à la mise en pratique. Nous tenterons aussi d’aller voir comment ça se passe en dehors de l’occident, comment par exemple l’Amérique du Sud s’organise face à l’impérialisme économique US, porte étendard du néo-libéralisme.
** Extrait sonore tiré de l’émission de D. Mermet sur France Inter : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=881
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Politique
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Economie
[3] Sociodicée : à l’origine théodicée, du grec « theos » (dieu) et « diké » (justice), entreprise de justification rationnelle de la bonté de dieu. Donc, sociodicée -> entreprise de justification de l’organisation de la société par la raison, par exemple le « darwinisme social ». Notez bien, justification se place par rapport à ce qui est, au contraire de réflexion qui tant à se placer par rapport à ce qui devrait être.
[4] Il est remarquable de constater que le néo-libéralisme tant d’ailleurs à uniformiser la culture, sans doute pour la rendre moins active, pour un amoindrir les turbulences sur les sacro-saintes « sciences économiques ».















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