L’Etat et le Libéral Fascisme

Pour tordre définitivement le cou à l’idiote idée qui voudrait que « libéralisme » soit synonyme de liberté, s’intéresser à l’Etat, ses fondements et sa définition peut nous aider à y voir plus clair.

Alors bon, l’Etat c’est quoi ? Simplement, c’est le symbole de la somme des individus qui le compose, une entité collective et juridique qui existe par et pour elle-même, dans son propre intérêt, collectif, donc. Ainsi posé, l’Etat est un fait sociologique avant d’être un fait politique. La politique n’intervient que pour gérer l’Etat….la manière d’exercer l’autorité dans une société.

L’exercice dialectique favori du moment consiste à fondre dans la même définition les idées libérales, et la doctrine libérale. Les idées libérales sont attachées aux libertés individuelles, à la liberté de penser et à la liberté politique. Le libéralisme, quant à lui, est une doctrine économique de la libre entreprise, selon laquelle, l’Etat ne doit pas, par son influence ou son intervention, gêner le jeu de la concurrence. Jeu de la concurrence, main invisible du marché, c’est bien de capitalisme dont il s’agit, dès lors qu’on parle de libéralisme. [1]

Ainsi, quant « libéral » est politique, sociologique, « libéralisme » est exclusivement économique. Nous avons en face de nous un « isme » qui fait toute la différence, et qui est d’ailleurs savamment choisi pour brouiller les pistes. Economie n’est pas politique, économie est tout au plus un outil de la politique, un outil destiné à faire exister collectivement l’Etat par et pour lui-même. L’économie n’est rien d’autre qu’un moyen d’échange entre les membres d’un Etat, et entre les Etats.

Pour en revenir à Bolkestein (et ses semblables), puisque sa directive passée en catimini est encore le meilleur exemple qu’on puisse trouver, la « libéralisation des services » n’est nullement l’idée d’accorder des libertés aux services collectifs, mais bien d’appliquer à ceux-ci une doctrine économique faite de libéralisme. En d’autre terme, empêcher l’Etat (donc la collectivité) d’intervenir en vue de gêner la libre concurrence des services collectifs. On ne peut que constater le paradoxe entre le fait d’avoir des services collectifs (santé, éducation, sécurité,…), gérer collectivement (par l’Etat) , et cette inouïe volonté de vouloir les « sous-traiter » à un groupe d’individus qui ne visent que ses intérêts propre, en lieu et place de l’intérêt collectif.

Tout ceci nous ramène à Adam Smith, qui prétendait qu’une société fonctionnerait à merveille si chaque individu se préoccupe avant tout de son intérêt égoïste, si le tout était rendu complémentaire par l’organisation du marché…la fameuse main invisible régulatrice. Or, près de trois cents ans d’histoire démontrent, souvent par l’absurde qu’il n’en est rien, que chaque instant historique positif est immédiatement sanctionné par un instant historique négatif. Age d’or et récession se succèdent, dans les faits, la doctrine d’Adam Smith, mère des doctrines néo libérales actuelles, est faite de déséquilibres successifs sensés apporter un équilibre global…un peu comme la démarche d’un funambule monté sur ses échasses.

Oui mais voilà, empêcher l’Etat (la collectivité) d’avoir un pouvoir d’action sur la doctrine « libéralisme », c’est permettre ponctuellement à un intérêt égoïste de créer un déséquilibre trop fort en sa faveur…les économistes ont un vocabulaire étendu pour désigner ces déséquilibre trop fort : bulle, crash boursier, récession, crise, etc…

Bien entendu, lorsqu’on parle des intérêts égoïstes, des déséquilibres successifs, ce n’est pas tant du commun des mortels dont on parle, car dans le cadre de la micro-économie, ce modèle fonctionne plutôt bien…votre boulanger ou votre boucher de village n’ont aucun intérêts à jouer des déséquilibres trop grands, vivant en collectivité, il y sont intimement reliés, font partie intégrante de la collectivité, agissant dans son intérêt et également dans le leur, selon un système d’échange acceptable par tous.

Mais dès lors qu’on entre dans la sphère de la haute finance, de la macro économie, les choses sont diablement différentes. Ici, les capitalistes (ou financiers, pour faire moderne) sont en dehors de la sphère collective, il ne s’agit plus ici de produire quelque chose…du pain, des côtelettes…mais de gérer des flux financiers gigantesques servant essentiellement à acheter des produits, des ressources, pour revendre à meilleurs prix, toujours dans l’esprit de l’intérêt égoïste. Ainsi bien entendu d’exploiter la force de travail dans les usines délocalisées en fonction des coûts de ladite force de travail.

Imaginons deux sphères, un peu comme des planètes, des mondes en soi. La sphère collective et la sphère financière. Avec un Etat fort, la sphère financière gravite autour de la sphère collective, et avec une politique de bonne gestion, les deux sphères interagissent pour leurs bien communs. Seulement voilà, selon le sacro saint principe des intérêts égoïste, et selon ce qu’est la nature humaine, la sphère financière aspire à devenir plus grande, plus puissante que la sphère collective. Tant et si bien que nous sommes aujourd’hui au seuil d’un bouleversement profond de la « gravitation » de ces deux sphères : la sphère collective est sur le point de graviter autour de la sphère financière.

C’est ça le Libéral Fascisme, lorsque les intérêts particuliers et égoïstes prennent le pouvoir sur la collectivité, le bien commun. C’est un coup d’Etat, et globalisation aidant, le coup d’Etat se veut mondial. Dès lors que la sphère collective n’est plus le « centre du monde », tous les repères changent, l’Etat, qui est aussi la Nation ne veut plus dire grand-chose, car son pouvoir collectif est anémique, au mains de la sphère financière. Dans cet état de fait, nous ne serons bientôt plus Portugais, Français, Italien, etc…mais membre de Danone, ou de Monte Santo. Esclave d’une propagande médiatique qui à déjà commencé ses ravages, ce sont tous les points qui ont fait notre identité jusqu’à ce jour qui seront changés en profondeur. Ainsi, la Culture, émanant directement de la sphère collective, « ce que nous faisons et pensons ensemble », ne sera plus nourrie par la pensée collective, mais contrôlée directement par la sphère financière. Toutes les institutions sont touchées, elles l’ont toujours été plus ou moins, étant donnée que « l’intérêt égoïste » est une part entière de la nature humaine, mais aujourd’hui, cette mainmise est organisée en haut lieu…un haut lieu inaccessible par les urnes, cette fameuse boite à démocratie qu’on voudrait nous faire croire ultime et toute puissante.

Accepter d’abandonner les pouvoirs de l’Etat, c’est accepter d’être les esclaves serviles d’une sphère qu’on ne contrôle absolument pas, car ces gens là sont tout au plus une poignée, par rapport à la masse des milliards d’être humains….les prolétaires d’Orwell nous ressemblent déjà beaucoup.

On comprend mieux ainsi qu’avoir le pouvoir politique n'est pas une fin en soi, ne mène à rien, si ce n’est à s’enchaîner, de gré ou de force, au pouvoir économique, tout puissant. Ceux qui nous promettent une « France d’après », quelle que soit la formule utilisée, ne promettent que la continuité du passage d’Etat souverain à une dictature Libérale-Fasciste totale.

La chandelle est brûlée par les deux bouts, les agitations écologiques actuelles ne changent rien à l’affaire…surtout lorsqu’on sait qui se trouve derrière. Par les deux bouts, car la mondialisation n’est rien d’autre que la volonté pour les intérêts privés de mettre la main sur les ressources planétaires, en vue d’en tirer un profit conséquent. Seulement voilà, avoir du gaz, du pétrole, des minerais à profusion et à bas prix ne sert a rien si le marché n’est pas capable de les absorber selon les prédictions. Il est donc primordial pour ce faire que tout ce qui est récolté soit consommé, le plus rapidement possible. « Si moi y en avoir stock de gaz en masse, et que personne consommer gaz, gaz y en a bientôt plus valoir grand-chose. »
C’est le principe de rentabilité qui est ici en marche…on exploite une ressource que si celle-ci est rentable, c'est-à-dire que si quelqu’un est capable de l’acheter avec plus value confortable. [2]

Tout est donc foutu ? Pas nécessairement, mais il est impératif pour agir concrètement, de bien comprendre ce qui se passe, pourquoi ça se passe, et qui en sont les auteurs. Plus il y aura d’individu pour comprendre, plus nous renforcerons notre sphère collective malmenée, et plus nous serons capable de mettre en lumière les manipulations libérale-fascistes. Les menteurs ne craignent rien de pire que la lumière de la vérité. La vérité vient du savoir alimenté par l’esprit critique : commençons par éteindre définitivement la télévision.

Liens pour poursuivre :

Le Libéral Fascisme (syti.net) : http://www.syti.net/LiberalFascisme.html
Le Fascisme Libéral (le monde diplomatique) : http://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/MARCOS/14136.html
Culture générale :
Adam Smith : http://fr.wikipedia.org/wiki/Adam_Smith

[1] Le libéralisme peut être aussi politique, il s’agit alors de limiter les pouvoirs de l’Etat au regard des libertés individuelles…les dites libertés individuelles formant alors la liberté collective. Nous parlons bien ici de libéralisme économique…libéralisation des services est bien une action économique

[2] valable pour toutes les ressources, et pour les conséquences de l’exploitation des ressources. Car les conséquences (la pollution,…) se doit d’être prise en charge par la sphère collective. Du coup le protocole de Kyoto, et le dernier carnaval de Nairobi. Du coup la guerre en Irak et la flambée des prix du pétrole. Ce qui nous amène aussi aux bonnes raisons de détourner les attentions sur un danger commun, un nouvel ennemi terrible…mais c’est une autre histoire

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